Revenons sur le site d’Allemagne qui n’a jamais caché son ardeur à prôner la conclusion d’accords avec Rome en vue d’une reconnaissance canonique. Un texte, en particulier, retient notre attention : celui de l’interview de l’Abbé Schmidberger par le Journal Die Welt publiée sur internet. Nous laissons le lecteur germaniste ou germanisant se reporter à l’original allemand sur internet http://www.welt.de/print/die_welt/politik/article13865219/Gott-laesst-uns-nicht-fallen.html;

Nous donnons ci-après la traduction d’un passage qui nous a paru particulièrement important et nous le ferons suivre d’un bref commentaire.

Extrait de l’interview de l’abbé Schmidberger par le journal die Welt en date du 13/02.12

Welt Online: Le pape, il y a trois ans, a risqué sa bonne réputation et l'unité de l'Église pour aboutir à la réconciliation avec la Fraternité saint Pie X. De son côté, qu’est-ce que la Fraternité met à contribution pour se réconcilier avec le Pape et avec l’Eglise ? [1]

Abbé Franz Schmidberger : En cas de reconnaissance canonique, la fraternité apportera à l'Eglise un gros potentiel, une grande force de foi. Je ne vois pas beaucoup de communautés religieuses dont les convictions reflètent cette unité parfaite entre le dogme, la spiritualité et la liturgie et qui en vivent. Nous apportons avec nous un grand trésor : celui d’avoir, dès le départ, célébré exclusivement l’antique et splendide liturgie, dans tout son éclat de foi et de sainteté.[2]
En outre, la Fraternité saint Pie X sera, pour le pape, d’un grand secours
pour contrer partout en Europe des forces centrifuges, porteuses de schismes larvés-regardez par exemple l’Autriche. Récemment, un archevêque Allemand m'a dit qu’on s’attendait, également en Allemagne, à ce que des communautés entières se séparent de l’Eglise.
[3] 

Welt on line : Là n’était pas ma question. J’ai fait mention de ce que le Pape avait risqué pour la réconciliation. Encore une fois, je voudrais savoir ce que vous, vous êtes prêt à mettre en jeu ?[4]
Abbé Franz Schmidberger : nous renoncerons à la relative liberté, avec laquelle nous avons jusqu’ici développé notre œuvre dans le monde, et nous la remettrons dans les mains du pape. En fait, il ne s’agit pas d’un accord diplomatique, mais du bien de l'Eglise et du salut des âmes. Pour l'Église, ce n'est pas la Fraternité saint Pie X qui pose problème ; ce sont les théologiens modernistes et l'effondrement progressif de la vie de l'Eglise depuis le Concile.[5]

Commentaire

Le premier passage que nous avons souligné prête le flanc à la critique, car plus d’un trouveront sa formulation quelque peu pharisaïque : « Je ne vois pas beaucoup de communautés … » Il eut mieux valu mentionner la grâce de Dieu ; c’eut été plus exact. Quant à l’affirmation : « La fraternité sera d’un grand secours pour le pape » ce ne peut être qu’une fiction délirante, car rien n’indique que le Pape veuille se faire aider pour redresser la barre. L’expérience passée incite plutôt à penser que l’intention du pape est de mettre ceux qui se réconcilient avec la Rome moderniste au diapason du modernisme. L’Abbé Schmidberger nous ressert ici la chanson des années soixante et soixante-dix : « le Pape est bon, mais son entourage est corrompu.

Enfin, nous restons bouche bée devant l’aveu que le journaliste arrive à arracher à l’Abbé Schmidberger : nous renoncerons à la relative liberté, avec laquelle nous avons jusqu’ici développé notre œuvre dans le monde, et nous la remettrons dans les mains du pape.

L’Abbé Franz Schmidberger s’exprime devant la presse comme si la décision de remettre la liberté de la FSSPX dans les mains du saint Père était connue de lui et dépendait de lui. Or, n’est-ce pas préjuger des négociations que d’affirmer : « nous remettrons notre liberté dans les mains du pape ». A tout le moins, n’est-ce pas une indication précieuse fournie gratuitement au Vatican que de s’exprimer ainsi ? Or, après avoir remis la liberté de la Fraternité aux mains du Pape, de quelle liberté la FSSPX pourrait-elle encore user pour ouvrir des écoles, fonder de nouveaux prieurés, voire organiser un pèlerinage ? En cas d’opposition de la part d’évêques, que devra faire la Fraternité, sachant que Benoît XVI était au Concile le plus intransigeant défenseur de la collégialité ? (Cf. Vatican II L’Eglise à la croisée des chemins, article : Joseph Ratzinger au concile, Tome I, Edition de MJCF, pp. 230-231). Passer outre ? Pour se faire rappeler à l’ordre et publiquement désavouer ? Improbable.

Quel est le vrai pilote du navire FSSPX ?

Réveillons-nous. ! Posons–nous la question : Qui dirige la Fraternité ? Quelques-uns penseront : Question saugrenue ! Et pourtant …
Dans tout l’article du journal die Welt, Mgr Fellay n’est mentionné qu’une seule fois ! Or, ne s’agit-il pas dans ce texte de l’état des tractations de la Fraternité avec Rome ? Voici la seule phrase où L’Abbé Schmidberger mentionne son supérieur :

Abbé Franz Schmidberger : Le 14 septembre 2011 le Cardinal Levada a transmis à Mgr Fellay, notre supérieur général, un préambule doctrinal» dont l’acceptation constituerait la condition préalable à l’obtention d’une reconnaissance canonique la FSSPX. Nous avons discuté le document romain en détail. Nous sommes arrivés à la conclusion, qu’en l’état, ce texte n’était pas acceptable.

Pour ma part, n’ai pas entendu que les supérieurs de districts aient été consultés. Peut-être l’ont-ils été ? Mais l’Abbé Schmidberger n’en fait nulle mention. Il raconte le fait comme si lui, et seulement lui, avait été appelé à discuter et à donner son avis. Il continue même en précisant :

"J’ai finalement porté moi-même à Rome le 1er décembre la réponse du supérieur général, qui, sur la demande du Vatican, l’a encore précisée"[6].

A l’évidence, le supérieur du district d’Allemagne s’exprime publiquement comme s'il était la Fraternité à lui tout seul. Aucun supérieur de district n’en fait autant. En revanche, Mgr Fellay a passé son temps à nous rappeler dans ses conférences ou dans ses sermons qu’il ne savait rien, qu’il ne pouvait rien dire. Curieux, non ? C’est pourquoi poser la question : « Qui dirige la Fraternité ? » n’est pas si saugrenu.

Céline Muhgot

 


[1] Welt Online: Der Papst hat für die Versöhnung mit der Priesterbruderschaft vor drei Jahren seinen guten Ruf (und die Einheit der Gesamtkirche) aufs Spiel gesetzt. Was setzt die Bruderschaft für die Versöhnung mit ihm und der Gesamtkirche ein?

[2] Pater Franz Schmidberger: Die Bruderschaft bringt, wenn sie kirchenrechtlich anerkannt wird, ein großes Glaubenspotenzial und eine große Glaubenskraft in den Innenraum der Kirche hinein. Ich sehe wenige kirchliche Gemeinschaften, die diese vollkommene Einheit zwischen Dogmatik, Spiritualität und Liturgie auf ihre Fahne geschrieben haben und leben. Wir bringen einen großen Schatz mit, denn wir haben von Anfang an ausschließlich die alte herrliche Liturgie mit ihrer Ausstrahlung des Glaubens und der Heiligkeit gefeiert.

[3] Außerdem wird die Piusbruderschaft für den Papst eine große Stütze sein, um das überall in Europa durch Zentrifugalkräfte latent vorhandene Schisma - siehe Österreich - zu überwinden. Erst vor kurzem sagte mir ein Erzbischof in Deutschland, man rechne auch hier mit dem Wegbrechen ganzer Gemeinschaften.

[4] Welt Online: Das war aber nicht meine Frage. Ich hatte daran erinnert, was der Papst für die Aussöhnung riskiert hat, und möchte also noch einmal wissen, was Sie dafür aufs Spiel setzen wollen?

[5] Pater Franz Schmidberger: Wir geben unsere relative Freiheit auf, die wir bisher eingesetzt haben zur weltweiten Ausbreitung unseres Werkes, und legen diese in die Hand des Papstes. Im Übrigen handelt es sich nicht um ein diplomatisches Abkommen, sondern um das Wohl der Kirche und das Heil der Seelen. Das Problem in der Kirche ist nicht die Piusbruderschaft, sondern modernistische Theologen und der fortschreitende Zusammenbruch des kirchlichen Lebens seit dem Konzil.

[6] Schließlich habe ich selbst am 1. Dezember die Antwort des Generaloberen nach Rom gebracht, und auf die römische Bitte hin hat er diese Antwort dann noch einmal präzisiert.

Par Celine Muhgot
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La grande misère de l'ordre social est qu'il n'est ni profondément chrétien  ni réellement humain, mais uniquement technique et économique

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