Réflexions et interrogations de laïcs

Mgr Fellay annonce son intention d’entretenir des relations avec Rome en vue d’une reconnaissance canonique de la Fraternité. Selon le Vatican, il s’agirait plutôt d’une réintégration dans l’Eglise, afin de parcourir un chemin jusqu’à la pleine communion avec le Saint Père après acceptation de Vatican II, même si subsisterait une possibilité de s’interroger sur une « bonne » interprétation des textes conciliaires.

Les sanctions et les exclusions de la Fraternité prouvent la fermeté du propos de Mgr Fellay. La résistance de certains prêtres prouve l’existence de la crise que traverse cette Fraternité.Le fait que Mgr Fellay ait déclaré irrecevables les dernières exigences du Vatican ne change que le calendrier, mais pas l'intention de fond.  

Les laïcs sont-ils concernés ?

En tant que laïcs, il semble de prime abord que  nous n’ayons pas à intervenir. La Fraternité n’est-elle pas avant tout une communauté de prêtres catholiques ? Ne sont-ils pas chez eux ? Lorsqu’une  personne, propriétaire de ses biens, décide d’ajouter ou de retrancher une aile à sa maison après avoir reçu son permis de construire ou de démolir, ne serait-il pas indiscret, voire inconvenant de lui dire ce qu’il conviendrait de faire selon nous et d’insister jusqu’à ce qu’elle se rende à nos vues ?

Donc, premier point : c’est aux prêtres et à eux seuls qu’il incombe de régler cette crise selon leurs statuts. Chaque laïc pourra sans doute avoir ses préférences, mais cela n’aura strictement aucun effet. Son seul devoir est de prier charitablement pour que tout se passe pour la plus grande Gloire de Dieu.

Pourtant, chacun le sait dans son for intérieur : on ne peut rester indifférent. Pourquoi ?  Parce que les prêtres eux-mêmes, quel que soit leur choix, nous demandent de rester calmes, de nous défier d’une surinformation qui pourrait résulter d’une trop grande fréquentation des sites internet. Quelle attente doit-on y voir, si ce n’est celle de l’obéissance qu’ils escomptent ? Donc, à un certain point de vue, les laïcs sont tout de même concernés.

Mais, chacun sait que l’obéissance, tout comme la liberté, se place au niveau des biens intermédiaires et n’a donc rien d’absolu. L’obéissance ne se place jamais au principe de la conduite humaine. Elle n’est jamais une fin en soi. Il faut donc essayer de raisonner au niveau des principes.

Rappels de quelques principes fondateurs

 

Lorsque fut condamnée la Fraternité Saint Pie X par Rome en 76 puis en 88, s’est posée, à la conscience des laïcs, la question de la validité du mandat que prétendait exercer cette fraternité mise au ban de l’Eglise conciliaire. Injustement, certes, mais néanmoins réellement mise au ban de l’Eglise. En quoi son action était-elle encore légitime ?

La réponse donnée, surtout après les sacres de 88, était la suivante : la Fraternité entend faire ce que l’Eglise a toujours fait. Son action est réglée par le bien et le salut des âmes, loi suprême de l’Eglise pouvant dans certains cas, suspendre toutes les autres lois. L’autorité de la Fraternité est celle d’une hiérarchie de suppléance. Elle n’a pas l’intention de remplacer la hiérarchie de l’Eglise officielle, parce qu’elle ne veut pas être schismatique. Elle n’exerce qu’une suppléance dans une situation de nécessité.

Voilà beaucoup de notions importantes qu’il nous faut reprendre.

Le salut des âmes est la loi qui s’impose à la Fraternité, car c’est la loi suprême qui s’impose à l’Eglise. Si l’on comprend bien, c’est la loi qui légitime l’action de la Fraternité.

En désobéissance officielle avec l’Eglise, l’action de la Fraternité continue d’être légitime de par le cas de nécessité où nous nous trouvons : les âmes se meurent faute de nourriture spirituelle, les séminaires se vident, les vocations sont en chute libre, les laïcs pratiquants sont tombés en France à quelque 2,5% (alors qu’ils étaient,  encore en 1975, à 25% environ). L’enseignement délivré dans les diocèses ne tient plus pour vrai que la religion catholique est la seule religion qui puisse sauver les hommes pécheurs (baisse ou disparition des confessions, cérémonies interreligieuses, etc.).De plus, la hiérarchie reste sourde aux appels de détresse que lancent encore quelques laïcs.

Enfin, troisième point, l’action de la Fraternité n’est pas schismatique, parce qu’elle ne le veut pas, ce qui en soit serait suffisant pour ne pas l’être (cf. Cajetan), mais aussi parce qu’elle ne conteste pas que les évêques sont réellement évêques de leur diocèse, même s’ils ne font pas leur travail d’évêques ; et que le pape est réellement Pape, même s’il ne fait plus son travail de pape lequel consiste à confirmer ses frères dans la Foi (visite de synagogues et de mosquées, rassemblements d’Assise, persécution de la Tradition ). Enfin troisième raison prouvant qu’il n’y a pas de schisme : la Fraternité n’a pas l’intention d’ériger une hiérarchie parallèle comme l’atteste le fait que les évêques sacrés en 88 n’ont pas le pouvoir hiérarchique d’évêque ni au sein de la Fraternité, ni à l’extérieur. Mgr Lefèvre disait qu’il n’avait nulle intention de remplacer les évêques diocésains  existants et qu’il faisait ses implantations simplement là ou l’appelaient les âmes.

Telle était la loi fondamentale de la Fraternité, non écrite sous forme juridique, mais très largement exprimée et largement connue.

En quoi consiste le changement de cap ?

Avec l’annonce d’une possible Prélature personnelle, les laïcs s’interrogent. La sollicitude pour le bien des âmes n’est-telle pas remplacée par la préoccupation légaliste de la discipline de l’Eglise ? Qu’en est-il  de la loi suprême du bien des âmes ? N’y a-t-il pas là un changement de cap ? Le cas de nécessité a-t-il disparu ? Le vrai catéchisme est-il  enseigné ? La liturgie exprimant la Foi traditionnelle est-elle  rétablie ? L’exégèse biblique a-t-elle repris son cours ? Inutile d’écrire un livre de plus pour répondre que la misère des diocèses est encore plus grande qu’en 1988, année des sacres. Du village où j’écris, le clergé conciliaire n’arrive à célébrer une messe qu’une fois … par an !

Les chipotages incessants des évêques pour accorder la messe de saint Pie X pourtant officiellement non interdite, les vexations, la méfiance vigilante des autorités de l’Eglise pour tout ce qui pourrait avoir le malheur de rappeler les temps d’avant le concile, les églises fermées devant les pèlerinages de la tradition, laissent mal augurer d’une normalisation souhaitée par Mgr. Fellay. Qu’en sera-t-il de la liberté d’aller s’implanter là où les âmes réclament la vraie Foi et les sacrements, c’est-à-dire là où le veut  la loi suprême de l’Eglise quand les évêques en place n’ont rien fait, ne font rien et ne veulent rien faire ? Qu’en sera-t-il de l’avenir d’une chapelle déjà ouverte,  quand l’ordinaire du lieu contestera le bien-fondé de son existence qu’il dira lui faire « une concurrence déplorable et dommageable » pour tous ? Nos évêques nous ont trop habitués aux chantages aux sacrements, aux bobards conciliaires décrétant dans nos chapelles les confessions illégales et donc nulles, les mariages illégaux et donc non valides, voire les communions sacrilèges, et j’en passe …

L’agir dans le contexte du cas de nécessité est proportionné aux besoins des âmes. Porté par cette loi suprême qui est une loi d’exception, cet agir est nécessairement différent de l’agir dans le cadre d’une prélature personnelle qui, par définition, ne peut s’opposer ni au pape  ni aux autres évêques. Inutile de faire semblant de croire le contraire.

En quoi les fidèles sont-ils concrètement concernés ?

Les premières victimes de ce changement de cap seront les prêtres fidèles et les fidèles abandonnés par les prêtres légalistes qui sous, les injonctions conciliaires, contesteront aux laïcs le droit de réclamer à l’Eglise ce qui leur est dû.
Que leur est -il dû ? Commençons par le plus simple et le plus concret, même si ce n'est pas le plus important et si cela concerne le passé. Il s'agit du respect de l’intention des donateurs dont l'Eglise s'est toujours prévalue. En effet, les dons accordés en règle générale à la Fraternité Saint Pie X ne l’ont pas été à la légère mais au contraire, en toute conscience et délibérément, parce que la Fraternité accomplissait ce que l’Eglise officielle lui interdisait, c’est-à-dire le sacerdoce catholique, nécessaire aux âmes. Ne pas donner à l'Eglise conciliaire et préférer la Fraternité, telle etait l'intention bien arrêtée des donateurs. Un changement de cap, à cet égard, équivaut à ne pas respecter leur intention. Nous demandons, sans trop d’illusions, à tous les prêtres légalistes d’examiner le nouveau droit canon en ses articles 121 et 122.

Can. 121 - S'il y a fusion d'ensembles de personnes ou de choses qui sont des personnes juridiques publiques pour n'en constituer qu'un seul jouissant lui-même de la personnalité juridique, cette nouvelle personne juridique acquiert les droits et les biens patrimoniaux des précédentes et reçoit les charges qui leur incombaient; mais surtout en ce qui concerne la destination des biens et l'accomplissement des charges, la volonté des fondateurs et des donateurs ainsi que les droits acquis devront être respectés.

Can. 122 - Si l'ensemble qui jouit de la personnalité juridique publique est divisé de telle sorte qu'une de ses parties est unie à une autre personne juridique, ou que la partie démembrée est érigée en une personne juridique distincte, l'autorité ecclésiastique compétente pour la division, en respectant avant tout tant la volonté des fondateurs et des donateurs que les droits acquis ainsi que les statuts approuvés, doit veiller, par elle-même ou par un exécuteur à ce que:

1  ce qui est commun et divisible soit partagé, biens, droits patrimoniaux, dettes et autres choses, entre les personnes juridiques concernées, selon une proportion équitable et juste, compte tenu de toutes les circonstances et nécessités de chacune;

2  l'usage et l'usufruit des biens communs qui ne sont pas divisibles reviennent à l'une et à l'autre des personnes juridiques, et que les charges qui grèvent ces biens incombent à chacune, selon aussi une proportion équitable et juste à définir.

Nous demandons à tous les tenants de la prélature personnelle, de nous dire la conduite qu’ils comptent adopter vis-à-vis de ces canons. Car ils s’imposeront nécessairement à eux dans la Prélature personnelle, puisque ladite Prélature n’existe que depuis le nouveau droit canon (1983). Allez-vous respecter ce droit canon, ou bien allez-vous tenir les articles 122 et 123 pour de la paille ?

Autres droits, les plus importants, que peuvent défendre les laïcs : réclamer, dans les limites du possible,  l’ouverture de nouveaux centres de culte pour enseigner le catéchisme, célébrer le Saint Sacrifice de la Messe et faire vivre la Sainte Liturgie, vraie prière du Christ et de son Eglise ; donner les vrais sacrements, prévenir les fidèles contre les erreurs de Vatican II, contre les fausses philosophies du monde actuel tel le bon pasteur voulant défendre ses brebis ; conserver inchangée la vraie Révélation tirée de l’Ecriture Sainte et de la Tradition. Les prêtres fidèles, nous le savons, entendront ce cri et répéteront le mot de saint Paul caritas urget nos. Car la déchristianisation ne fait que s'aggraver.

Alors, même si l’on ne conteste pas le fait qu’il revient en priorité aux prêtres de régler le problème présent, nous les supplions respectueusement de bien vouloir tenir compte de la situation des fidèles partout dans le monde. De grâce, prenez courage, ne faites pas semblant de croire qu'il n'y a plus lieu de faire état du cas de nécessité !  Nous faisons porter, pleins de confiance et de reconnaissance, notre prière par le Cœur Immaculé de la Vierge Marie et par le Cœur blessé de son Divin Fils.

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Par ICRES
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  • 01/01/2007

Pie XII


La grande misère de l'ordre social est qu'il n'est ni profondément chrétien  ni réellement humain, mais uniquement technique et économique

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