Voici un bref écho de la conférence du 9 juin que l’Abbé Pfluger a donné devant les prêtres et les laïcs du prieuré de Fabrègues. Disons à la décharge de l’Abbé que sa tâche était loin d’être facile. Non que le public fut hostile. Inquiet simplement. Mais la difficulté pour le conférencier venu en porte-parole de Mgr Fellay tenait au fait que l’état d’avancement des discussions était secret et que leur issue s’avérait incertaine, voire problématique. Cela manquait indéniablement de concret.

 

Dans ces conditions, le principal obstacle était de savoir quoi dire. C’est pourquoi le plus gros de la conférence n’a consisté qu’à défendre la démarche de Mgr Fellay, sans la décrire, contre une opposition sans visage dont on rapportait des avis disparates sans queue ni tête. Nous avons néanmoins compris que l’Abbé Pfluger était contre les « opposants ». Vint ensuite le temps des questions. Comment essayer d’en savoir plus ?

Question : La situation a-t-elle changé ? Rome retourne-t-elle à la foi ?

L’Abbé se défend d’affirmer que c’est la fin de la crise. Mais il y a une situation nouvelle. Selon lui, entrer en discussion, accepter la reconnaissance n’est pas une question de foi. C’est une question de prudence. Il faut réfléchir sur le passé, le présent, prévoir les conséquences.

A noter cet argument de « la prudence » du supérieur général qu’on répétera plus d’une fois. L’argument est fort, car il sous-entend : vous n’avez rien à objecter, car la prudence ne concerne que celui qui doit décider, à savoir le supérieur général.
Afin d’y voir un peu plus clair, laissons pour un instant la relation que nous faisons de la conférence pour parler de cette éminente vertu. Essayons de la définir en peu de mots, même si elle mériterait d’être expliquée dans un gros livre.

De la prudence.

1°) La prudence est d’abord une vertu intellectuelle, et non une intuition. Encore moins une illumination, ni un « insight ».La prudence ne jaillit pas des obscurs replis de l’âme. Elle est fille de la raison.

2°) Cette vertu intellectuelle a pour vocation de diriger l’action dans le concret de situations particulières et donc contingentes. La prudence n’est pas faite pour remonter aux causes les plus hautes ; sa force abstractive est faite pour mesurer les moyens à mettre en œuvre pour atteindre un but qu’on s’est fixé antérieurement. La prudence est faite pour découvrir le meilleur chemin qui conduit au but. Elle ne découvre pas le but. Elle le poursuit.

 

3°) C’est l’une des quatre vertus cardinales. C’est donc une vertu morale au service du bien. L’intelligence et l’habileté au service du mal ne portent pas le nom de prudence mais de rouerie, d’astuce ou de roublardise.

Mais on le voit : la prudence éprouvera des difficultés à légitimer un changement de cap, sauf à invoquer des raisons plus hautes. Elle peinera à expliquer la substitution d’une nouvelle vocation à une autre. Par exemple, le président d’une ligue des pêcheurs à la ligne aura du mal à invoquer la prudence pour transformer son association en club de joueurs de boules. Sauf à justifier cette décision par une raison plus haute ; par exemple en invoquant l’intention du gouvernement d’interdire les pécheurs à la ligne pour des raisons d’écosystème.

La prudence est la première vertu d’un chef, d’un décideur, d’un supérieur. Mais elle n’est pas non plus un charisme auto-validant, conférant l’infaillibilité. On ne peut raisonner ainsi : la prudence est le propre du chef, donc ses décisions sont toujours bonnes. Il en est de la prudence comme de la grâce d’état. Certes, nous avons tous la grâce nécessaire à notre état. Mais accomplissons-nous toujours notre devoir ? Nous avons tous la prudence nécessaire pour poser des actes bons, conformes à notre vocation, car Dieu ne nous demande jamais ce qui est au-dessus de nos forces ; mais tous nos actes sont-ils bons ? La prudence ne peut donc pas être invoquée pour empêcher de juger les actes. Or, même s’il ne nous revient jamais de juger les personnes, nous avons parfois le devoir de nous interroger sur les actes.

Pour aller plus avant, il faudrait distinguer entre l’intention du sujet et la bonté objective de ses actes. Mais, puisque nous n’avons pas l’intention d’écrire un livre, terminons donc sur la prudence en disant que la sagesse catholique nous demande d’avoir toujours pour le chef un préjugé favorable. C’est ainsi et c’est bien ainsi. N’en déplaise aux défenseurs de l’égalité en droit de tous les hommes. Cette prétendue égalité n’est pas catholique.

 

Comment savoir ce qui, dans les discussions, est acquis et ce qui reste pendant ?

Vient la question : que se passera-t-il si nous sommes appelés à faire de nouvelles fondations ?

Réponse : Si des fidèles nous appellent pour faire de nouvelles fondations et que l’évêque local n’est pas d’accord, on verra, on se débrouillera. Ce qui doit changer, c’est la manière de s’adresser à Rome.

Cette réponse révèle que la question de l’exemption juridique, c’est-à-dire le droit de s’installer partout, sans permission préalable de l’Evêque du lieu a été abordée dans les discussions. Mais elle a été reliée à l’acceptation de Vatican II et à la diminution voire à l’interdiction de critique du magistère. Si le premier critère n’est pas fixé, l’autre ne l’est pas non plus. D’où le « on se débrouillera ».

L’acceptation du magistère est centrale. A la remarque d’un participant rappelant que le pape était au concile un des principaux théologiens modernistes, l’Abbé Pfluger répond : Croyez-vous que le Pape est Pape ?

Donc, l’acceptation du magistère semble déjà réglée.

Un participant dit essayer d’y voir clair. Il conclut son intervention en disant : Personnellement, ma boussole dans cette situation est Mgr Fellay, mais le Mgr Fellay de 2008. Il lit la lettre aux bienfaiteurs du 14 Avril 2008 où Mgr Fellay déclarait :

« Suite au Motu proprio sur la Messe, il ne resterait à notre Société qu’une seule chose à faire : « signer un accord avec Rome ». Malheureusement, quelques-uns de nos amis se sont laissés prendre à ce jeu d’illusions. […]  Rien n’a changé dans la volonté de Rome de poursuivre les orientations conciliaires […] Le principe fondamental qui dicte notre action est la conservation de la foi. […] Voici pourquoi la fraternité Saint Pie X ne peut pas « signer d’accord » […]  Il serait très imprudent  et précipité de se lancer inconsidérément dans la poursuite d’un accord pratique qui ne serait pas fondé sur les principes fondamentaux de l’Eglise, tout spécialement sur la foi. »

Signé  + Bernard Fellay. Menzingen, le 14 avril 2008

 

Réponse de l’Abbé Pfluger – « Et alors ? »

Il est vrai que 2008 n’est pas 2012 ! La prudence est dans la situation concrète de l’instant et non dans l’abstrait … Prudence, prudence, que de décisions ne pose-t-on pas en ton nom !

Il faut dire qu’il est tard et que tout le monde est fatigué.

Conclusions concernant les discussions.

Nous savons que tout est secret. Que tout dépend de la prudence du supérieur général. Dès lors pourquoi venir faire une conférence ?
Mais réfléchir et se poser des questions, est-ce un péché ? Réfléchissons donc à partir de notre maigre moisson. Nous pouvons déduire que les discussions ont abordé les questions suivantes : 

  • Droit de la FSSPX de conserver la liturgie traditionnelle, vraisemblablement accordé sous condition d’acceptation du reste, à savoir :
  • Acceptation du magistère du Pape par la FSSPX sans droit de critique.
  • Acceptation de Vatican II, avec droit de demander la bonne interprétation (et non plus de critiquer) de certains points sur lesquels le Pape admettrait une difficulté d’interprétation.
  • Exemption juridique (droit de la Fraternité à de nouvelles implantations sans permission préalable des évêques) très certainement abordée, mais question non conclue. Ce dernier point servant sans doute à Rome de curseur d’ajustement pour faire accepter le magistère.

Au total : une FSSPX côtoyant les dérives modernistes ? Dans l’ignorance où nous sommes restés, on ne peut qu’arrêter notre réflexion. Trop de choses tournent à l’invraisemblance.

Antoine-Marie Paganelli

 

Par ICRES
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