Que la doctrine s'impose à la société est un principe qui demeure incompris. L'esprit moderne s'en offusque. Qu'en est-il dans les rangs de la tradition catholique ?

 

Qui sont les traditionnalistes ?

 

Les catholiques fidèles dont les prêtres ont été chassés de l'Eglise au cours des années soixante, à cause des nouveautés de Vatican II, se sont regroupés autour des prieurés de la FSSPX, des couvents Dominicains et Franciscains traditionnels des écoles et des centres de messes de saint Pie V. Presque tous ces fidèles souffrent de la faiblesse actuelle de l'Eglise catholique, devenue aujourd'hui méconnaissable, incapable de se défendre contre les infiltrations, voire consentante et complice des maux qui la minent. Ces fidèles souffrent aussi de l'ostracisme persistant de leur mère l'Eglise à leur égard, Eglise qu'ils continuent pourtant d'aimer.

 

Ce milieu social a voulu préserver sa culture, ses mœurs et ses valeurs en accord avec sa religion. Ce qui est normal. Toutefois, l'attachement à certains rites, codes, amours ou désamours ne sont pas toujours parfaitement raisonnés. Un exemple ? Certains se croient plus traditionnels que les autres en dénigrant systématiquement Léon XIII, pape auquel on doit pourtant ces admirables encycliques doctrinales dans la lignée du Syllabus et de Quanta Cura. Comment cela est-il possible ? Simplement parce qu'il y a confusion entre les éléments temporels, qu'il s'agisse de politique ou d'habitudes sociales, avec les éléments infiniment plus fondateurs de la Foi. On omet de hiérarchiser entre ces éléments.

 

Cela est dû à l'attachement qu'on éprouve pour certains traits de société dont on ne perçoit pas toute l'ambiguïté. Or, les symboles et les référents réservent des surprises. A preuve, l'exemple de  Sainte Jeanne d'Arc.

Pour le païen nationaliste qui revendique la sainte, le principe sacré est la nation et non la religion. Mais Jeanne est l'héroïne de la France qui a permis de repousser l'étranger hors des frontières.

Pour le maurassien, Jeanne est la sainte de la Patrie qui, en redonnant son trône au Roi de France, a illustré le principe sacré du "Politique d'abord".

Pour le démocrate, Jeanne est encore le symbole de la patrie, parce qu'elle a donné au peuple français sa fierté, le sentiment de son appartenance politique, et la croyance que c'est lui, le peuple, qui faisait la France. Certains iront même jusqu'à faire de Jeanne d'Arc une fille issue d'un milieu modeste, analphabète mais courageuse, qui n'a pas hésité à défier l'autorité en place, préfigurant ainsi les révolutions modernes.

Pour le catholique de tradition connaissant sa religion, l'héroïne inspirée de Dieu avait pour devise "Messire Dieu premier servi". Elle enseignait la soumission de la politique à la Religion, en montrant que la France appartenait à Dieu avant d'appartenir au Roi Charles VII, lequel n'était que son "lieutenant".

Du point de vue catholique, seule la dernière interprétation est juste. Les trois autres sont fausses, soit parce qu'elles soumettent la religion à la politique (Maurras), soit parce qu'elles font disparaître la religion au profit du politique (nationalisme), soit parce que le peuple est suggéré comme cause efficiente et légitime de l'autorité politique (démocratie).

On le voit, une trop grande facilité à inférer une communion totale alors qu'on on n'est d'accord que sur une image peut s'apparenter à un regrettable réflexe pavlovien.

 

Entrismes ou simples parasitages

 

On peut être d'accord sur le symbole sans l'être sur la réalité des choses. C'est pourquoi un enthousiasme imprudent pour certains signes ou l'usage de certains codes sociaux peut jouer des tours. On peut voir une norme là où il n'y en a pas, ce qui est téméraire, mais il y a aussi, en sens inverse, une faiblesse facilitant bien des entrismes ; car les habiles, inspirés par le mauvais esprit, savent utiliser les codes, les symboles, les habitudes du groupe et jouent sur leur ambiguïté. Faut-il s'en étonner ? Il est inévitable qu'on se fasse attaquer sur le flanc le plus vulnérable.

 

Passons aux exemples.

 

Tel étudiant, ouvert et sympathique, se propose en tant que remplaçant dans une école catholique hors contrat. Il assure se poser des questions métaphysiques, être attiré par la religion catholique qu'il voudrait mieux connaître. Comment refuser l'entrée à un candidat à la conversion ? Il est donc reçu avec la joie qu'on éprouve pour un possible baptême d'adulte. L'étudiant sympathique se révèlera bientôt être un journaleux déguisé en taupe, à la recherche des dérapages d'extrême droite, si possible nazis.

 

Tel médecin psychiatre-analyste fera état de ses déboires professionnels engendrés selon lui par son refus de l'avortement. Reçu dans le milieu avec les honneurs et le prestige des courageux représentants de la profession médicale, il montre bec et ongles pour défendre des théories de psychanalyse mortifères, découlant d'une conception matérialiste et mécaniste de l'homme. Il n'hésite pas à conseiller d'aller voir des collègues et, si on lui demande d'en indiquer certains, réputés "bons catholiques", il répond sans rire que la religion n'y fait rien, mais qu'en la matière la science supplée à tout. Le malheur veut que cet état de fait perdure tant et plus.

 

Tel enseignant, en bisbille avec l'éducation nationale, dit pis que pendre des protagonistes de la méthode globale. Il est reçu dans le milieu avec les honneurs et le prestige des représentants lucides et courageux de la profession enseignante. Il diffuse ensuite dans les milieux de la tradition des théories d'apprentissage basées sur les "neurosciences", sur le "cerveau droit" et le "cerveau gauche", assujettissant l'intelligence et l'âme tout entière aux synapses neuronales. Des mères de famille, faisant l'école à la maison, lisent ses livres comme un chat boit du petit lait, tandis que des Directeurs d'enseignement d'écoles très catholiques cautionnent les stages de "formation" dudit enseignant portant sur ces théories délirantes, au grand dam des professeurs de ces écoles. Par bonheur, une mobilisation suffisante permet d'espérer que ce scandale aura bientôt fait long feu.

 

Tel homme au caractère actif et décidé, royaliste maurrassien ou républicain, (peu importe) ne conçoit pas qu'on puisse se tenir en dehors de la politique. Il se demande même si ne pas s'engager n'est pas déjà un péché par omission. Il croise pourtant tous les dimanches un homme, père de sept enfants, qui n'est pas prêt à faire de la politique, car, pour lui, le plus important est de bien élever sa famille. Là encore, cet homme actif voit une règle générale là où il n'y en a pas.

 

Tel thérapeute, issue d'une longue lignée catholique, ultramontaine et militante, en pince pour les théories du feu Docteur Gauthier, lequel a prétendu rendre compte de l'homme par les interactions glandulaires. Il ira même jusqu'à "expliquer" le supposé "caractère juif" par les glandes interstitielles, contrariées par la circoncision. Ce thérapeute accepte-t-il encore  l'Ancien Testament comme faisant partie de la Révélation ? N'oublie-t-il pas que Notre-Seigneur était juif et qu'Il a été circoncis en obéissance à la loi juive, elle-même commandée par Dieu à Abraham ? Il devrait se souvenir que c'est le jour de sa circoncision que Notre Seigneur a reçu le nom de Sauveur. Qu'importe ! Là encore, le supposé prestige de la science et la longue lignée familiale suppléent à tout.

 

D’où vient le mal ? Trop souvent, les "codes sociaux" jouent le rôle de norme et de déclencheur de confiance. C’est irritant. Lorsqu'on regarde chez tel ou tel individu un comportement portant sur un point spécifique, louable et conforme à la Foi, il est imprudent d'inférer que toutes ses options fondamentales ont la même conformité. On s'expose sinon à toutes les jobardises. Est-ce tellement grave ? Réponse : regardons les effets. La marque du mauvais esprit se révèlera sur certaines personnes lorsque, leur confiance ayant été abusée,  celle-ci n'acceptent pas  de convenir de leur erreur, même devant l'évidence.

 

 Ne pas prendre  pour essentiel ce qui n'est que relatif et particulier

 

Néanmoins, il serait exagéré de dramatiser outre mesure, car le danger reste limité. Les dégâts, même si l'on doit en déplorer les ravages, parfois durables, dans les rangs de la tradition, n'entament pas la substance de cette survivance catholique que soutiennent les prêtres fidèles, les moniales et les moines par leurs prières, leurs prêches, leur apostolat et les sacrements. Le principal motif de cette mouvance qu'on appelle traditionnelle est de garder la Foi afin que la Foi garde les âmes. Militante, elle a le plus grand désir de voir d'autres personnes se joindre à elle. Là est bien l'essentiel.

Il ne fait aucun doute que la chrétienté s'accompagne nécessairement d'une certaine façon de vivre en société. Mais toutes nos préférences sociales ne sont pas à mettre dans le même sac. Les impératifs sociaux qui découlent de la Foi font l'objet de la Doctrine Sociale de l'Eglise. En la matière, on ne peut inventer.

 

Il nous faut développer un esprit critique vis-à-vis des ambiguïtés et des détournements que subissent les codes, les habitudes, les symboles et les comportements.Il est plus sage de mettre à leur juste place, c'est-à-dire sous la lumière de la Foi, nos choix, nos préférences d'ordre sociologique.   

 

Hugo Clementi

Par Hugo Clementi
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Profil

  • ICRES
  • monde du travail, technocratie, déchristianisation, doctrine sociale de l'Eglise
  • Association
  • curieux lecture philosophie spiritualité étudiants
  • La politique est refoulée par les mêmes causes qui ont éliminé la religion. Dès lors, que reste-il de la société ? La science ? Mais la science ne donne aucun sens aux actes humains. Il est urgent de retrouver la mémoire de ce que nous sommes
  • 01/01/2007

Pie XII


La grande misère de l'ordre social est qu'il n'est ni profondément chrétien  ni réellement humain, mais uniquement technique et économique

Contact

 

Contactez-nous à publicationsicres@sfr.fr

Recommander

Recherche

Calendrier

Octobre 2012
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés